Visite guidée des bureaux du VBC
Vous avez donc pénétré dans l'univers quotidien du VBC, bien loin des paillettes des événements que la société organise, et affronté les monstres de l'entrée. Maintenant, vous n'avez plus qu'à vous laisser guider par le maître des lieux...
Après le retentissant "Salut Playboy!" suit immanquablement la phrase d'accroche : "Avant, j'avais des bureaux normaux, avec des gens normaux, maintenant, c'est un peu particulier..."
Sympa, il a toujours un petit mot (plus ou moins inspiré selon les jours) pour présenter ses collaborateurs, y compris les stagiaires dont il parvient à se souvenir du prénom [ndlr: dont le client se contrefiche, mais bon...]:
"Alors là, c'est Katy, que tu connais déjà (sourire, "bonjour Monsieur", retour à l'écran d'ordinateur genre je suis vachement occupée parce que la gestion du VBC faut pas croire c'est complexe).
Là, c'est Clara, qui vient du Brésil [On est des adeptes de la "diversité" pour les stagiaires, toutes les bonnes volontés sont les bienvenues] (réponse du client, poli: "Euh bonjour mademoiselle, moi je suis lyonnais").
Là c'est Ophélie, qui est notre championne d'athlétisme (le client, faussement intéressé, toujours poli: "ah? et c'est quoi votre spécialité?" ) et enfin, Christophe, un bon français [Les deux précédentes font en effet partie de ce qu'on appelle les "minorités visibles", elles sont noires quoi...], ce à quoi le client ne se risque pas à répondre...
Et ainsi de suite avec tout le monde.
Passé cette présentation sommaire des personnes présentes [Soit dit en passant, à moins que le client ne soit stupide, il a eu le temps de compter et de se rendre compte qu'on n'était pas 12...], direction l'escalier en colimaçon, tout en bois, placé au milieu du bureau et qui permet d'accéder à l'étage:
" Avant on était locataires boulevard de l'Opéra et puis j'ai acheté ces bureaux il y a 3 ans... 4, non 5 ans [ndlr: quand on apprend un discours par coeur, dur de mettre à jour les dates automatiquement]. 1585... Attention la tête [Pour prendre l'escalier sans risques, il faut mesurer moins d'1m85]... Poutres apparentes, on a fait abaisser le plancher pour avoir plus d'espace... Là, c'est Marie, la comptable (sourire, "bonjour Monsieur", retour à l'écran d'ordinateur genre je suis vachement occupée parce que la gestion du VBC faut pas croire c'est complexe), Stéphanie, fille ou garçon, ça dépend des jours, ha ha, et Josiane...
Et là c'est mon bureau [En période d'activité "normale", on dirait juste qu'un ouragan a dévasté le bureau et jeté par terre dossiers, magazines, et livres à coté de la gamelle de croquettes (qui puent), la classe!]. Ouais c'est vachement sympa, tu vois j'ai un petit patio, quand il fait beau c'est agréable [Le "patio" fait 1m², même pas de quoi mettre une chaise, et on aperçoit un carré de ciel en tordant le cou].
Cette petite visite de l'étage terminée, il faut retourner au rez-de-chaussée:
"Viens, on va aller à la cave pour l'apéro... Attention en descendant, ça glisse, Charlotte (sourire gêné, oui c'est de moi dont il parle) a fait une chute la semaine dernière, pompiers et tout ça mais rien de grave, hein Charlotte! (re-sourire gêné). C'est par ici...
Tu vois là, y'a le passage, qui nous appartient aussi, en copropriété. C'est sympa quand il fait beau, on prend l'apéro sur la terrasse [Le passage pourrait être joli s'il était entretenu mais en l'occurrence il est un peu décrépit et la "terrasse", carré de pelouse en plastique avec une table de jardin abimée et un tonneau à vin qui sert de poubelle aux passants, est en plein courant d'air donc plus d'une cliente en petite robe a dû repartir d'ici avec un rhume]. Et là c'est la cuisine pour les stagiaires."
S'ensuit la descente à la cave, où il faut parfois se frayer un passage entre les cartons que nous avons préparé avec le matériel nécessaire à l'organisation de nos prochains événements [3 par mois minimum, et pas des petits, donc autant vous dire que c'est rarement propre et dégagé]:
"Bon c'est un peu le bordel mais on a pas mal d'activité avec les soirées... mais tu vois, c'est une cave voûté d'époque, vachement sympa [Là, le visiteur est à juste titre impressionné parce que c'est vrai que la cave est jolie, surtout avec les rangée d'étagères à vin remplies de bouteilles]... Attention où tu mets les pieds, on a eu un dégât des eaux [En réalité, une inondation systématique du fond de la cave à chaque grosse pluie pendant plus de 2 ans, qui a eu pour effet de faire travailler le plancher et de le soulever de plus de 5 cm à un endroit ]...
Alors, qu'est-ce qu'on boit?"
Petit Chablis ou Château Margaux, la réponse à cette question dépend de votre pouvoir de décision en matière de budget et du nombre de choses que Charlie espère vous vendre. Normal, c'est comme ça que ça marche, le business...
Passées quelques banalités d'usage (sur les vacances, les enfants, les chiens, le foot, le vin, la vie du client, etc), le rendez-vous de travail peut commencer (mais c'est confidentiel...).
Ca, c'est si vous êtes suffisamment important... Sinon, c'est visite rapide du rez-de-chaussée et/ou de l'étage et: "Bon, on va prendre une menthe à l'eau chez le Portugais [brasserie voisine]? j'ai bien envie d'une menthe à l'eau, pas toi?". En clair: je ne vais pas ouvrir une bouteille de vin pour toi, ce sera café ou menthe à l'eau, moins de 5 euros en tout cas... De toutes façons, je suis déjà bien sympa de t'accorder un quart d'heure de mon temps!
Le monde des affaires est cruel avec les chômeurs ou ceux qui viennent demander un service sans rien avoir à donner en échange...